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AUX DAMES

Epître

Il est certain que toutes les promesses doivent être inviolables mais, lorsqu’elles sont faites aux personnes comme vous, elles doivent être sacrées. Ce qui n’est qu’infidélité en toute autre rencontre est sacrilège en celle-ci et, quoi que les menteurs de l’Antiquité aient dit que les dieux se moquent des serments qu’on vous fait, ce crime ne demeure pas si absolument impuni qu’ils disent, puisque la honte et le repentir sont les châtiments infaillibles d’une action si basse et si lâche.
C’est donc, Illustres Dames, pour ne tomber pas moi-même dans l’erreur que je condamne aux autres et pour m’acquitter de ce que je vous avais promis, que je fais voir le jour à cette Seconde Partie de mes Harangues Héroïques. Elles ont - comme les premières - la Gloire de votre Sexe pour objet et c’est par elles que je tâche d’achever l’arc de triomphe que j’ai consacré à cette gloire, en y ajoutant un trophée, aussi superbe que glorieux puisqu’il est composé des armes, des sceptres et des couronnes de tant de Rois que votre beauté a vaincus.
J’ai voulu que tout contribuât quelque chose à sa structure, que la Fable comme l’Histoire en fournît une partie des ornements et j’ai voulu n’oublier rien pour l’orner et pour l’embellir de tout ce qui dépendait de mes soins, de mon travail et de mon Art. La voici donc, cette Seconde Partie que j’avais promise et que vous m’avez tant demandée et la voici telle que j’ai fait espérer, c’est-à-dire - si je ne me trompe - beaucoup plus belle que la première, quoique la première n’ait pas été trouvée trop laide.
Comme les plus grands Hommes des anciens et des derniers siècles ont inventé les arguments que j’y traite, je ne dois pas craindre de publier, que, quant à l’invention, mon livre est le dernier effort des premiers esprits de la terre et que, si mes pensées et mes paroles répondent à la dignité de mon sujet, vous ne serez pas sans plaisir en le lisant et je ne serai pas sans satisfaction après que vous l’aurez lu.
Mais quand ma faiblesse se serait opposée à mes intentions et m’aurait empêché d’observer cette dernière promesse, vous êtes trop équitables pour vouloir punir une faute qui ne serait pas volontaire et trop bonnes pour n’excuser pas ce que vous pourriez condamner.
Cherchez donc de quoi vous satisfaire dans mon livre ou, du moins, dans ma volonté et, si vous voulez que je sois heureux plus d’une fois, recevez ce dernier présent comme l’autre et d’aussi bon cœur qu’il vous est offert.

© 2005 publifarum, realizzazione: Simone Torsani